Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Actualités des droits de l'enfant

France : retour sur la réforme des rythmes scolaires

Enseignants démotivés, enfants fatigués, parents désabusés, maires irrités voire carrément hostiles : rarement une réforme comme celle des rythmes scolaires n'avait autant divisé les acteurs de l'éducation. Et « l’assouplissement » voulu par Benoît Hamon, le nouveau ministre de l’éducation nationale n'y fait rien.

Comme promis, voici donc un décryptage de cette réforme.

De quoi s’agit-il ? : à la rentrée 2014, tous les élèves des écoles maternelles et élémentaires bénéficieront des nouveaux horaires à l'école. Selon le site du Ministère de l’Education nationale, cette nouvelle organisation du temps scolaire « répond avant tout à des objectifs pédagogiques pour permettre aux enfants de mieux apprendre à l'école ». La réforme est entrée en vigueur à la rentrée 2013 et sera obligatoire pour toutes les communes à la rentrée 2014.

Elle prévoit l’étalement des 24 heures d’enseignement hebdomadaire sur neuf demi-journées, incluant le mercredi matin ; une journée de classe de maximum 5 heures 30 et une demi-journée de maximum 3 heures 30 ; une pause méridienne de 1 heure 30 au minimum. Enfin, les cours fondamentaux seront le matin et les activités périscolaires et éducatives l'après-midi (appelées TAP : temps d’activités périscolaires). Celles-ci seront prises en charge par les mairies.

En ce qui concerne les modalités d'application selon les territoires, le projet précise : « Il ne s’agit pas d’imposer partout et a tous un modèle unique et rigide, mais de fixer un cadre national a l’intérieur duquel différentes déclinaisons locales seront possibles. Le décret relatif à l’aménagement du temps scolaire permet en effet de mettre en place une organisation de la semaine scolaire concertée et adaptée aux besoins et aux ressources des territoires (articles 4 et 5 du décret) ». C’est pourquoi, un dispositif de Projet Éducatif de Territoire (PET) est mis en avant pour concevoir ces nouveaux enseignements autour des collectivités et des acteurs locaux.

La réforme se fonde sur trois types de données : un rapport de l'Académie Nationale de Médecine de 2010, une étude internationale ayant confirmé le déclassement de la France au niveau de l'apprentissage de la lecture en CM1, et enfin sur des expérimentations de semaines de 4,5 jours de cours, considérées comme concluantes, dans des villes françaises de taille moyenne et en milieu rural.

L’avis des chronobiologistes : Pour eux, un week-end de pause de deux jours altère la capacité de l'enfant à reprendre l'école le lundi matin, car ce dernier s'est en quelque sorte déconnecté de l'école et s'est souvent couché tard le samedi soir. Sa concentration n'est optimale qu'à partir du mardi à 12h. La coupure du mercredi rompe de nouveau le rythme, engendrant une nouvelle fatigue si les enfants se couchent tard le mardi soir. Aussi, pour tenir compte des données biologiques, il faudrait une année scolaire de 180 à 200 jours (avec comme conséquence la réduction des grandes vacances), 4 à 6 h de travail par jour selon l’âge de l’élève, 4 jours et demi a 5 jours de classe par semaine en fonction des saisons ou des conditions locales.

Pour compenser un rythme plus important de fréquentation de l'école, il s'agirait de faire des journées plus légères sur le plan des apprentissages fondamentaux. En ce qui concerne l'étalement des rythmes annuels cette fois-ci, l'étude de 2012 préconisait le rythme de sept semaines travaillées et deux semaines de vacances et le raccourcissement des grandes vacances avec une période commune à toutes les académies allant du 13 juillet au 16 août. Pour les chronobiologistes, cette réforme est donc incomplète.

L’avis des enseignants : les principaux syndicats d'enseignants se sont déclarés hostiles à la réforme en l'état. A ce stade, ils attendaient un projet plus ambitieux sur la revalorisation de leur métier et sur des questions de fond. Pour ces derniers réfléchir aux rythmes scolaires sans en passer d'abord par une refondation des programmes de 2008, jugés trop rigides et peu porteurs, et la question des conditions de travail, n'a pas de sens, même si beaucoup s'accordent sur le fait que les journées de travail sont actuellement trop chargées.

Par ailleurs, les conditions d'intervention des animateurs sur des temps périscolaires allongés et des temps éducatifs les laissent sceptiques. Enfin, une crainte existe en ce qui concerne l'implication plus forte des collectivités territoriales dans le projet éducatif, autour des Projets éducatifs de territoire.

Une partie du corps enseignant se demande si ces dispositifs ne sont pas un Cheval de Troie permettant aux municipalités d'intervenir sur le contenu pédagogique, rompant alors la digue existant à ce jour entre les prérogatives de l’Éducation Nationale et celles des municipalités. Au-delà de ces craintes, ils y voient un danger de creuser les inégalités entre communes riches et pauvres.

L’avis des parents : à ce jour le principal syndicat de parents d'élèves, la FCPE s'est prononcé en faveur de la réforme au niveau national mais s’est prononcé contre l’assouplissement voulu par Benoît Hamon.

D'autre part, dans certaines villes ou collectivités, les syndicats de parents d'élèves, y compris la FCPE, se sont prononcés contre cette réforme. La situation n'est donc pas homogène. Le sujet des rythmes scolaires s'avérant au final plus complexe qu'il n'y paraît, les parents ne saisissent pas toujours en quoi le fait de travailler une demi-journée de plus permettra aux enfants d'être moins fatigués.

Par ailleurs, les enfants inscrits à des activités périscolaires auxquelles ils tiennent devront y renoncer ou espérer qu'elles soient reprogrammées à d'autres moments. En revanche, pour d'autres parents ce changement de rythme est égal dans la mesure où leurs enfants passent déjà leur journée du mercredi au centre de loisir faute de possibilités personnelles de gardes.

Un récent sondage montre que les français sont en train de changer d'avis sur la réforme des rythmes scolaires puisque 69 % d'entre eux - et 67 % des parents d'élèves - estiment que la concentration des enseignements le matin permet aux écoliers « de bénéficier de bonnes conditions pour mieux apprendre ». D'après ce même sondage, 59 % des Français et 54 % des parents d'élèves estiment même que les nouvelles activités périscolaires proposées par les mairies permettront « de réduire les inégalités sociales ». Par contre, leur organisation les inquiète toujours autant. Si, sur le fond, la réforme semble convaincre, la mise en forme est plus compliquée. C’est en tout cas ce qui a été constaté dans les communes qui ont mis en place la réforme dès la rentrée 2013.

L’avis des communes : depuis les premières lois de décentralisation, l'attribution des municipalités est de financer les biens (locaux, matériel) et le personnel n'appartenant pas à l’Éducation Nationale intervenant dans les écoles (animateurs, personnel de service, etc.). Les collectivités sont globalement favorables à la réforme, mais environ 4 000 d’entre-elles (sur 36 000) ont annoncé leur refus de mettre en mettre en place la réforme à la rentrée 2014 et quelques-unes ont déposé des recours en annulation du décret auprès du Conseil d’État.

Globalement les Maires s’inquiètent de « l'effet ciseau », l'Etat transférant aux collectivités toujours plus de charges avec toujours moins de moyens. Mais ils se préoccupent également d'une dégradation des relations entre l'Etat et les collectivités. Toutes tendances confondues, les Maires font part des difficultés qu'ils rencontrent dans la mise en place de ce nouveau dispositif. Dommage que certains d’entre eux aient choisi d’en faire un argument de campagne à l’occasion des élections municipales, de telles attitudes ont failli ruiner les concertations locales (je parle d’expérience !).

L’avis des enfants : à ce jour, l’avis des enfants n’a pas été sollicité…

En conclusion, aujourd'hui, personne ne défend vraiment cette réforme telle qu'elle existe. Les avis des acteurs locaux diverges fortement et sont parfois très tranchés et souvent liés à des intérêts particuliers. La réforme va cependant être mise en œuvre malgré les oppositions ou les doutes.

L'intérêt de l'enfant attendra.

JCC

(Sources : Ministère Education Nationale – les Défricheurs)

commentaires

Un grand père dégouté 21/06/2014 14:04

Excellente synthèse qui élève un débat trop souvent récupéré par certains pour des raisons partisanes.

Il est vraiment regrettable que les différents ministres soient plus préoccupés par des conditions "économiques" (lobby des acteurs touristiques) ou électoralistes (soumission à des syndicats enseignants qui ont perdu de vue l'objet de leur mission).

Pas question, dans cette réforme, d'envisager les raisons de tant d'échecs scolaires : que nos enfants continuent à être traités ainsi, et dans quelques années, ils sauront balayer ces "gouvernants" qui ont perdu toute relation avec la réalité.

ROUCOU...PRISME 21/06/2014 13:06

Topo plutôt bien équilibré et qui m'est en exergue la non "consultation" des enfants mais qui auraient pu indiquer que les conseils d'écoles ont eu un rôle majeur à jouer mais qui sont restés sur un format administratif alors qu'ils auraient pu trouver dans cet objet un levier pour dépasser le cadre actuel..ais les enseignants souhaitent-ils assumer/participer à une instance de co-construction?

Actualités des droits de l'enfant

Actualités des droits de l'enfant en France et dans le monde. Blog complémentaire du site internet www.droitsenfant.fr. Citation : A. de Saint-Exupéry

Hébergé par Overblog